LES AVORTEMENTS QUI SONT PERMIS : LAVORTEMENT INDIRECTEMENT PROVOQUÉ
Faut-il conclure que tout avortement est interdit? Entendons-nous
sur le sens des
mots. Distinguons dabord lavortement "naturel"
de lavortement artificiel ou
"provoqué ". Le premier nest quune
fausse couche : lenfant à létat de foetus
inviable, est expulsé du sein maternel, il est " abortus
", " avorté" selon létymologie,
en raison de causes naturelles, organiques ou fonctionnelles.
Lhomme ny est pour
rien moralement, Dieu le permet, et il paraît que Dieu permet
un grand nombre de
ces avortements naturels de petits êtres humains encore
à létat doeuf fécondé
ou
dembryon, qui narrivent pas à se fixer sur
lutérus. Cest le mystère de Dieu.
Lavortement artificiel ou "provoqué "
est au contraire celui dont lhomme est
responsable au premier chef. Il est ainsi nommé parce quune
cause étrangère au
processus naturel du développement du foetus ou au système
naturel de symbiose
avec le corps de la mère est appliqué. Le résultat
en sera la séparation du foetus
davec le sein maternel, suivie de son expulsion par la voie
naturelle ou de son
extraction artificielle.
Eh bien, aussi paradoxal que cela puisse paraître, tout
avortement provoqué nest
pas interdit moralement. Attention! Expliquons-nous. Une opération
chirurgicale,
par exemple, qui na ni pour but, ni pour moyen la mort de
lenfant, peut être
permise, même si elle entraîne à coup sûr
ou probablement la mort de lenfant: dans
ce cas, bien que prévue ou prévisible, la mort de
lenfant nest quindirectement
volontaire. Pour illustrer ce que les moralistes appellent les
règles du "volontaire
indirect ", prenons un autre exemple : est-il permis, en
temps de guerre, de
bombarder un pont de valeur stratégique, alors quun
enfant innocent est en train de
le traverser? Si le pilote attend et tente un second passage,
il risque fort de se faire
abattre par la D.C.A.! - Eh bien oui, il a le droit de bombarder
ce pont, parce que
sa volonté ne porte pas directement sur la mort de lenfant,
mais sur lobjectif
légitime quil veut atteindre.
Dune manière générale, il est permis
de poser une action qui a un effet bon mais
aussi un effet mauvais, si quatre conditions sont remplies (les
quatre " règles" du
volontaire indirect, ou de laction à double effet):
1. Laction doit être en elle-même bonne ou indifférente:
bombarder un pont stratégique est une action bonne, en temps de guerre.
2. Lintention de lagent doit être bonne :
en particulier, elle ne doit pas porter
sur leffet mauvais : le pilote ne doit pas se proposer
comme but la mort de
lenfant : évidemment, ce nest pas le cas.
3. Leffet bon ne doit pas venir de leffet
mauvais; ou, ce qui revient au
même, leffet mauvais ne doit pas être un
moyen pour obtenir leffet bon (ne
faisons pas le mal pour quil en advienne un bien) :
évidemment, ici la mort de
lenfant nest pas la cause de la destruction dun
pont, cest même le
contraire.
4. Enfin, quatrième condition, il faut une raison
grave, cest-à-dire
proportionnée, pour agir ainsi: quil ny
ait pas dautre mode dobtenir leffet
bon, et que leffet bon soit supérieur ou au
moins dégale importance à leffet
mauvais qui est permis.
Ce principe qui intervient dans bien des conditions quotidiennes,
permet de
résoudre et de légitimer certains cas limites davortement
indirectement provoqué,
qui sont licites: ainsi, il est permis à une mère
enceinte dabsorber des médicaments
vitalement nécessaires à la mère, même
sils ont un effet abortif ou nocif au foetus.
De tels cas davortement indirect licite tendent à
se raréfier, du reste, grâce aux
progrès médicaux, et ce quil importe maintenant de comprendre, cest quils nont
rien
à voir avec lavortement directement provoqué, même quand celui-ci est suggéré
par une "indication"