Résurrection

Bulletin d’information, d’analyse et de réflexion sur le monde d’aujourd’hui

N° 7                                                                + + +                                                   Juin 2009

 

 

J’ai fait un rêve

 

 

 

J’ai fait un rêve l’autre nuit. J’ai rêvé que 300 000 jeunes futures mères, en apprenant qu’elles attendaient un enfant, radieuses, recueillies, reconnaissantes, répondaient à l’ange qui les visitait : « je suis la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon votre parole ».

C’était un beau rêve ; c’était même un très beau rêve. Mais ce n’était qu’un rêve. En réalité, en apprenant la nouvelle, ces jeunes mères, s’étaient indignées, s’étaient révoltées et avaient crié : « je ne servirai pas ». Et elles s’étaient débarrassées de leur enfant. Le rêve était devenu cauchemar.

 

La deuxième nuit, j’ai fait un second rêve. J’ai rêvé que 300 000 jeunes futures mères recevaient la visite de la Sainte Vierge et qu’aux premiers mots prononcés par Marie, leur enfant avait tressailli de joie dans leur sein. C’était un beau rêve ; c’était même un très beau rêve. Mais ce n’était qu’un rêve. En réalité, l’enfant n’avait pas tressailli de joie, mais à d’autres paroles, il avait sursauté de peur, tressailli d’épouvante, écrasé d’horreur et le rêve était devenu cauchemar.

 

La troisième nuit, j’ai encore fait un rêve, encore plus merveilleux que les deux autres. J’ai rêvé que 300 000 jeunes mères mettaient au monde l’enfant qu’elles avaient porté pendant neuf mois. Et devinez où cette naissance avait lieu ? Dans une pauvre grotte, à vingt kilomètres de Jérusalem, dans la petite ville de Bethléem. Et des bergers étaient accourus, puis des rois mages apportant de l’or, de l’encens et de la myrrhe. C’était un vraiment beau rêve, un très beau rêve même. Mais ce n’était qu’un rêve. En réalité, la grotte est restée vide ; les bergers ne sont pas venus, ni les rois mages. Parce qu’il n’y avait pas d’enfant à naître. Et j’ai compris que mon rêve n’était rien d’autre qu’un cauchemar.

 

Le quatrième rêve que j’ai fait, car il y eut un quatrième rêve, j’ai vu arriver dans une église une foule innombrable de jeunes parents avec leur enfant nouveau-né. Chacun des couples apportaient deux colombes pour les offrir au prêtre qui allait baptiser leur enfant et le présenter à Dieu. Et le prêtre lâchait les colombes pour qu’elles aillent dans le clocher et annoncer la bonne nouvelle. C’était un beau rêve ; c’était même un très beau rêve. Mais ce n’était qu’un rêve. L’église dans laquelle je me trouvais était vide, Il n’y avait pas de parents pour faire baptiser un enfant qu’il n’avait pas ; il n’y avait pas de prêtre pour attendre personne. Il n’y avait plus de colombes. Et le rêve n’était pas autre chose qu’un cauchemar.

 

Après le quatrième rêve, il y en eut un cinquième. J’ai vu arriver des parents affolés dans l’église parce que leur enfant avait disparu et qu’ils le recherchaient. Et leur enfant était là, au pied de l’autel, priant devant le tabernacle. « Mon enfant, nous te cherchions, ton père et moi ». Et l’enfant leur avait répondu : « ne saviez-vous pas que je dois être aux affaires de mon père » ? C’était un beau rêve ; c’était même un très beau rêve. Mais ce n’était qu’un rêve. Il n’y avait pas d’enfant perdu, ni retrouvé, ni d’enfant soucieux des affaires de son Père des cieux. Car il n’y avait pas d’enfant. Et j’ai compris qu’il s’agissait encore d’un cauchemar.

Voir ses rêves se transformer en cauchemars est douloureux. Cinq rêves transformés en cinq cauchemars, ce sont cinq douleurs qui vous étreignent le cœur et l’âme.

                     

La première douleur est celle qui consiste à se mettre à la place de l’enfant qui ne sait pas qu’il est abandonné, trahi ou renié par ceux-là même qui devraient l’aimer et le soutenir. Il ne sait pas qu’il est seul, il ne sait pas qu’il devrait suer d’angoisse à l’idée de ce qui l’attend. Il ne sait pas se tourner vers son père et lui dire « Père, pourquoi m’avez-vous abandonné ? ». Il ne sait pas demander « que ce calice s’éloigne de moi », car il ne sait pas ce qu’est un calice. Il ne sait pas ce qu’est son sang. Il ne connaît que le sang de sa mère qui coule déjà dans ses veines.

 

La seconde douleur est celle de la flagellation. Car cet enfant va être flagellé, lui qui est innocent. Il va être maltraité dans tous ses membres, par un bourreau qui va faire son métier de bourreau parce que les parents le lui ont demandé. Il va faire son métier de bourreau parce que la loi veut qu’il remplisse sa fonction de bourreau et lorsqu’il aura fini il se lavera les mains en déclarant qu’il est innocent du sang de cet enfant.

 

La troisième douleur, c’est celle du couronnement d’épines, celle du peu de cas qui est fait de cet enfant. Cet enfant n’est-il rien d’autre qu’un peu de viande sur un peu d’os, quelques gouttes de sang ? Cet enfant n’est-il qu’un être dérisoire parce qu’il ne sait ni penser, ni parler, ni communiquer avec ses « semblables », qui n’est qu’un tube digestif qui épuise la femme qui le porte ? Il est humilié parce qu’il est faible, seul, abandonné et que la société n’a que faire des êtres faibles, seuls et abandonnés. Elle refuse les enfants à charge.

Que de théories ambitieuses les pédagogues en pointe ont échafaudées sur le concept révolutionnaire de « l’enfant-roi », celui auquel il faut tout passer, tout accorder de peur qu’il ne puisse pas s’épanouir et s’éclater, celui aux caprices duquel il convient de céder ! Et pourtant, on sait maintenant que cet enfant-roi est un roi de tragédie dont la destinée est de mourir sur l’échafaud aux applaudissements de la populace.

 

La quatrième douleur est celle de la montée au calvaire car cette épreuve qui ressemble à une descente aux enfers est en réalité un martyre. Cet enfant brutalisé porte une croix que sa mère a placée elle-même sur ses frêles épaules parce que les autorités qui ont fabriqué cette croix et mise à sa disposition l’y autorisent et l’y encouragent.

 

La cinquième douleur est celle de voir cet enfant inanimé, flagellé, défiguré, écartelé, dépecé, sanglant, abandonné de tous. Sa mère est bien là, mais ce n’est pas la mère des Sept Douleurs. Ce n’est pas la mère qui recueille sur ses genoux son enfant mort et qui pleure. Et personne n’a proposé son tombeau pour y déposer l’enfant. Il n’aura d’autre sépulture que la poubelle dans laquelle il va être jeté.

Cette cinquième douleur est aussi celle de la prière perdue, celle qui n’aura jamais lieu, celle qu’un enfant qui ne verra jamais le jour n’apprendra jamais, ne pourra jamais faire à son père pour le louer, l’honorer et lui demander son aide.

Qu’il en soit terminé avec les lois iniques qui permettent « l’interruption volontaire de grossesse », c’est à dire le crime volontaire et ininterrompu de l’avortement.

 

Ne désespérons pas, car …

 

…Au jour de la résurrection des morts, ils s’avanceront, innombrables, ces millions d’enfants sacrifiés, crucifiés, ils s’avanceront, rayonnants, pour demander que justice leur soit rendue. Leurs corps porteront les traces glorieuses de leurs souffrances et leurs mères, étonnées de les voir si beaux demanderont pardon.

 

Ne désespérons pas, car …

 

…Dieu leur rendra justice et les accueillera dans son Paradis. « Laissez venir à moi les petits enfants ».

 

Ne désespérons pas, car …

 

…Ces enfants innombrables, emplis de l’Esprit Saint découvriront qu’ils ont une autre mère, une mère glorieuse, Reine du  Ciel et de la Terre, une mère fidèle qui les aimera comme aucune autre mère aurait été capable de les aimer.

Et elle les aimera pour l’éternité.

 

Alors le cauchemar se transformera en rêve.

 

 

                                                                                                          Claude Berchoud