Dans la rue
Mensonge
Nous sommes des combattants. Celui que nous attaquons, c’est le mensonge. Il est énorme. Il enserre la terre comme une immense pieuvre, il a bien plus de huit bras mais des milliers de réseaux qu’on appelle médias. Il possède deux atouts majeurs : les gouvernements qui élaborent lois sur lois à son service et l’argent, l’argent inépuisable pris dans la poche des contribuables y compris celle des défenseurs de la vie.
Parmi ces réseaux, le redoutable Planning Familial entre dans les écoles pour y répandre son venin. « Nous avons eu une conférence du Planning Familial très intéressante », m’a dit une lycéenne. Elle était flattée. On l’avait conviée à une recherche intellectuelle supérieure. On l’avait gavée de belles sonorités : libertés des femmes, droit de choisir, acquis social, progrès, générations neuves et tant d’autres sonorités glorieuses agréables à entendre, merveilleuses à répéter... des coquilles vides, des mots sans substance, la seule parole substantielle étant: « J’ai tué mon enfant », et celle-là, on ne la prononce pas.
Ignorance
Le travail du mensonge est de créer et d’entretenir l’ignorance. Un garçon de 17 ans m’a dit: « C’est parce que les gens ne savent pas. S’ils savaient, ils ne le feraient pas. »
il avait mis dans le mille de la vérité et cette extrême justesse m’a mobilisée. il faut leur faire savoir. Ils ne savent pas qu’un foetus est un très petit bébé. Quand nous montrons l’effigie en plastique d’une foetus de 10 semaines ils sont surpris. Ils ne savent pas que dès la première cellule, le zygote, l’embryon est un être humain. C’est plus difficile à expliquer mais les arguments ne manquent pas. Ils ne savent pas que cet avortement dit « propre » est une abominable boucherie qui dilacère vivant membre à membre un petit être humain sans défense. Ils ne savent pas que la mère qui a tué son enfant est désespérée à vie, qu’elle le nie aux autres et à elle-même. Ils ne savent pas davantage que celles qui ont gardé leurs petits sont généralement des mères heureuses, aimantes et très aimées, pour peu qu’on ne leur mette pas dans la tête qu’elles sont des victimes. Ils ne savent pas qu’un lot de réformes sociales permettrait à toute femme de donner la vie.
Silence
Le pire est qu’ils ne veulent pas le savoir. L’ignorance est tellement commode! Ils se rencognent en elle comme dans un lit douillet. On se permet tout, n’importe quand, n’importe comment, n’importe avec qui et quand l’enfant arrive on l’appelle « accident » et on avorte. On est loué pour cela et encouragé. « Ce n’est rien, c’est gratuit, ça ne fait pas mal. » Une jeune femme s’est vu proposer 1 QOO € si elle avortait, « la prime à l’avortement ». On les berne avec un argument péremptoire: « Ce n’est pas un enfant », et ils sont contents d’être bernés, ils veulent être ignorants.
Mensonge, ignorance. Le troisième élément est le silence. Les avorteurs parlent. Les défenseurs de la vie se taisent. Les premiers ont le verbe haut et clair, les seconds une voix timide. Alors, qui va gagner?
L’avortement, on n’en parle pas; c’est un manque de tact, voire une obscénité. Il ne faut pas fâcher ceux qui ont avorté. Le criminel doit être protégé, c’est la victime qui a tort. Silence ou demi silence. On ne parle pas ou alors on chuchote. Par exemple on s’occupe des femmes qui ont avorté, on s’attache à les consoler et pour cela on minimise la nocivité de l’acte. Ou bien on déclare qu’il faut en parler avec « délicatesse ». Comme si on pouvait être délicat devant cette boucherie. «Le mal s’aggrave d’être nommé », m’a dit un détracteur. Il était très hostile. Et naturellement on ne peut que s’affliger du demi silence de l’Eglise. Certes les papes ont sauvé la chrétienté par une position claire et des avertissements répétés. Mais le curé de la paroisse a été invité à se taire... et il respecte la consigne. Pourtant l’exemple de la Croatie et de l’Italie montre lumineusement combien l’Eglise est efficace quand elle s’engage.
Mensonge, ignorance, silence, nous avons formé une équipe pour les combattre. Elle se compose de quatre à six personnes. Nous nous rendons chaque semaine à la porte des lycées car les jeunes sont les plus vulnérables et les plus attaqués. Nous distribuons des tracts et engageons des discussions. Nous ne les considérons pas comme des adversaires, encore moins des ennemis. Mais comme des enlisés qu’il faut désembourber. C’est effrayant comme on les gâche!
Relations
Nous sommes généralement mal accueillis. C’est normal. Le mensonge est doux, la vérité est dure. On nous noie sous un deluge de hurlements, stridences et injustes. Nous nous appliquons à changer cette huée en un dialogue et nous y arrivons souvent. Nous y arrivons si bien que parfois ils ne veulent plus nous quitter et quand nous nous séparons, ils nous remercient de leur avoir parlé: « J’espère que vous reviendrez bientôt. » L’un d’eux qui avait discuté pendant une heure avec le docteur Dor et était resté sur ses positions, vint trouver Yves. « Il vous a convaincu ? Lui demande celui-ci. Non, il ne m’a pas convaincu » et après un temps« Mais je peux changer. »Tous ne sont pas hostiles, il s’en faut. Certains nous accueillent bien.
« C’est bien ce que vous faites. » Ils nous félicitent pour nos tracts.
«Ils sont très bons vos tracts, je les lirai attentivement ce soir. » Et aussi :
« Prends ce tract et lis-le jusqu’au bout », dit une lycéenne à un camarade. Il y a ceux qui, passant devant nous, nous montrent un tract qu’ils avaient soigneusement plié dans leur poche et nous sourient. Citons le cas de cette jeune fille qui, après notre passage, a constitué un groupe respect de la vie. « Nous ne sommes pas nombreux », regrettait-elle. Peut-être mais trois ans après, on discutait encore. L’avortement, on en parlait. Notre plus beau succès fut le cas de cette femme qui nous raconta son histoire. Dix ans auparavant, elle était enceinte et décidée à avorter ; elle reçut un tract et garda son enfant. Elle n’avait pas assez de mots pour nous décrire son bon heur. C’est tout à fait par hasard que la deuxième rencontre eut lieu. Combien d’autres enfants avons-nous sauvés sans même le savoir.
Cet incident dégage une des lois de notre action: on ne sait pas le bien qu’on fait. Alors, il faut parler. Parler bien, parler mal, peu importe mais parler, et surtout parler à ces jeunes. Il y faut un peu de courage. Non qu’il y ait risque d’être molesté. Mais c’est toujours impressionnant de braver l’idole redoutable de l’opinion majoritaire car c’est une idole et elle a la férocité des idoles. C’est dur d’avoir raison seul contre tous. Il y faut aussi de la modestie. Les insultes n’ont pas d’importance. Mais c’est plus difficile de prendre conscience de nos propres insuffisances, nos lenteurs à réagir, nos pesanteurs à trouver la réplique juste. C’est assez amer de rentrer chez soi en se disant « J’aurais dû dire ça ; pourquoi n’ai-je pas répondu ça? » Mais plus écrasant encore est le profond désarroi de l’âme à constater combien les hommes sont abîmés. Toutes ces jeunes filles avides d’être stériles, littéralement avides d’être stériles. Toutes ces intelligences falsifiées persuadées que réussir sa carrière était beaucoup plus important que réussir sa maternité. On est consterné jusqu’au fond du coeur.
Affronter le mal
Car nous n’abordons pas le mal à travers les papiers des livres et journaux ; nous ne le déplorons pas dans le cercle bienveillant de ceux qui pensent comme nous. Nous nous dressons devant lui ; nous le touchons, le voyons, l’entendons ; il nous touche lui aussi et nous blesse. En direct. Et cela c’est une épreuve.
Heureusement nous avons des aides.
La première se résume en un mot : PARCE QUE. Nous ne luttons pas POUR faire triompher notre opinion mais PARCE QUE c’est vrai. Bien campé dans un PARCE QUE, on est fort.
La deuxième est une frontière franchie. Savoir est une route que l’on franchit étape après étape. Â la dernière étape, savoir devient agir. Nécessité impérieuse d’agir.
La troisième, la plus chère, est l’équipe. C’est chaleureux une équipe, sans elle on ne tiendrait pas. Nous avons de l’amitié et du respect les uns pour tes autres et chacun est sûr que les autres sont aussi engagés que lui. Chaque jour, je demande au Saint-Esprit de couvrir la France de mille équipes semblables à la nôtre. Je vous le demande à vous aussi. Pour former une équipe, il suffit d’être deux.
Au fond du coeur
Ce qu’il faut comprendre - c’est fondamental - c’est que s’ils gobent tous les mensonges et s’en déclarent satisfaits au fond d’eux-mêmes ils sont mal à l’aise. Voici une anecdote typique de ce dualisme. Nous distribuions à Nanterre ce jour-là. En fin de distribution, nous fûmes agressés très haineusement par un groupe du CADAC, quatre garçons et une fille: « Vous êtes dans un lieu de non-droit ici. » Tout à coup, un garçon s’avance vers moi, grand, vêtu de noir, menaçant : « Vous avez insulté ma femme », me dit-il. « Moi? répondis-je, étonnée, qu’ai-je dit d’insultant? » « Vous lui avez demandé si elle avait avorté. » Cette réflexion jette une lumière vive sur le chaos de contradiction qui les habite.
Ils savent bien - même les pires d’entre eux - que les avorteurs les corrompent et que nous, nous leur apportons une vérité, que nous les aimons, que nous sommes sincères. Ils savent bien que nous restituons une pureté à la vie. Alors ? Qu’y a-t-il au fond de leurs insultes, de leurs hurlements, de leurs menaces?
Il y a ceci : ils nous attendent. Ils vous attendent.
Les paroles gelées
Je pense souvent au conte des « paroles gelées » inventé par Rabelais. Gargantua arrive dans un pays si glacial que les paroles gèlent dans l’air et ne sont pas entendues. Puis, après un adoucissement climatique, elles dégèlent et parlent toutes à la fois. C’est tout à fait notre cas. Nous sommes entrés dans une ère culturelle glaciaire car il est de glace le temps où on convainc les mères de tuer leur enfant innocent. Nos paroles s’y gèlent, mais un jour le temps se réchauffera et on les entendra. Glacées mais conservées, car ce n’est pas d’être refusé qui empêche le verbe d’être pénétrant.
Nos adversaires ont tout mais nous, nous avons Dieu et eux ne l’ont pas. Dieu... et monsieur de La Palice. En effet, comment lutter contre le mensonge ? Eh bien, avec la vérité. Or, c’est vrai que le foetus est un être humain. C’est une vérité humaine, naturelle, scientifique, spirituelle et religieuse. Il est homme dès la première cellule. C’est une certitude et la vérité passe toujours.
Dr Claude Mallet-Huot