LES COMPLICATIONS DE L’AVORTEMENT
Même légal et médicalisé l’avortement n’est pas exempt de complications graves :
- La première conséquence est la mort de l’enfant : 100% ou presque, les survivants sont rares, mais il y en a.
- Les complications immédiates représentent environ 2% des cas
- infections
- hémorragies
- embolies
- perforation utérine, blessure du col utérin
Comme après toute intervention médico-chirurgicale – surtout s’il y une anesthésie générale – la mort subite est possible bien qu’exceptionnelle. Le risque de décès est augmenté de façon significative après 10 semaines de grossesse. En Suède, où l’avortement est pratiqué légalement jusqu’à 12 semaines depuis longtemps ( en France depuis 2001 avec la loi Aubry), le taux de mortalité atteint 40 décès pour 100.000 avortements.
- Les complications gynécologiques secondaires et à long terme touchent environ 3% des femmes qui ont subi un avortement :
- accouchement prématuré pour les grossesse ultérieures (par lésion du col utérin)
- grossesse extra-utérine (par lésion des trompes)
- stérilité ++ (lésions mécaniques ou inflammatoires des trompes, du corps utérin ou du col) En URSS, où l’avortement était devenu un moyen banal de contraception, on estime à 30% le nombre des femmes russes stériles à cause de l’avortement à répétition.
- cancer du sein (+ 2,5%) à plus ou moins long terme. L’augmentation du nombre des cancers du sein après un avortement, s’explique par la chute hormonale brutale – provoquée par l’avortement – du processus naturel de maturation des cellules mammaires qui préparent la lactation.
- Les complications psychologiques et psychiatriques.
Longtemps niées par les promoteurs de l’avortement ces complications, souvent lointaines qui peuvent survenir des années après un avortement qu’on ne peut oublier, sont maintenant bien connues et décrites sous le nom de « syndrome post-avortement ».
Il frappe près de 30 % des femmes qui ont subi un avortement, et regroupe des symptômes variés de gravité variable :
- dysfonctionnement sexuel
- troubles du sommeil
- crises d’angoisse
- dépression nerveuse, 25% des femmes ayant avorté consultent un psychiatre, contre 3% dans la population habituelle
- suicide, le risque est multiplié par 3 et même plus chez les adolescentes
- fréquence des conduites additives (alcool, drogue)
- divorce par fragilisation de la vie conjugale et familiale. 60% des couples non mariés se séparent après un avortement
Docteur Luc Perrel
LE SYNDROME POST AVORTEMENT (PAS)
LE SYNDROME POST AVORTEMENT (PAS) a été décrit en 1992 par Anne C. Speckhard et Vincent A. Rue comme une variante du syndrome post traumatique. Quatre critères sont retenus pour le diagnostic :
1) Exposition personnelle ou participation à une expérience abortive, perçue comme la destruction volontaire d’une vie.
2) Flash-back pénibles, cauchemars, chagrin et réactions anniversaires centrés sur l’avortement.
3) Tentatives infructueuses de chasse ou de nier les souvenirs de l’avortement et la douleur émotionnelle, avec comme résultat une diminution de la sensibilité aux autres et à son environnement.
4) Apparition de symptômes associés (dépression, culpabilité) qui n’étaient pas présents avant l’avortement
Quelle fréquence pour ce syndrome ? Les études disponibles sont divergentes, de 19% à 1% selon la mesure des critères…Autre approche : la mesure du taux de suicides liés à la grossesse a été effectué par une étude finlandaise, à partir des déclarations de suicide et des registres finlandais des naissances, des avortements spontanés et des avortements provoqués, de 1987 à 1994. Le taux de suicide moyen, en Finlande, à cette époque étant de 11,3 pour 100.000, il n’est que de 5,9 quand il est associé à la naissance, 18,1 quand il fait suite à l’avortement spontané, 34,7 quand il fait suite à l’avortement provoqué. Ceci dans l’année qui suit la fin de la grossesse , quelle que soit cette fin.
Pour soigner le PAS, des thérapies de groupe ont été proposées. Elles reposent sur la rupture avec l’isolement douloureux, non sur la prise de conscience de la gravité du geste commis. Il s’agit d’une recherche de soulagement par la banalisation.
Aucune étude sur la fiabilité à long terme de ce type d’effet versus placebo n’étant concevable (*), on retiendra tout de même la sévérité, en forme de mise en garde, du troisième critère clinique du PAS : pour souffrir moins de son « passé », il faut anesthésier sa personnalité. Ce n’est pas seulement la conscience qui est mise en sommeil, c’est la vie cognitive et affective qu’il faut juguler. L’avortement fait donc, à tout le moins, deux victimes.
Il y a trois ans, j’ai reçu en consultation une jeune femme turque, adressée par le service d’IVG de l’hôpital voisin, pour un PAS. J’ai dit à cette femme : « votre souffrance, je la comprends. Elle n’est pas pathologique, mais simplement logique : vous avez détruit la vie que vous portiez, quelles que soient vos raisons. Cette souffrance ne relève pas du soin, mais d’un constat lucide, que je vous invite à partager avec un conseiller religieux ». Je n’ai pas revu cette femme. J’espère l’avoir aidé ; Le service d’IVG ne m’a pas adressé d’autres patientes. Je les comprends.
Le syndrome post-avortement est-il une anomalie à rectifier selon une formule codifiée, ou la souffrance légitime et, pourquoi pas , médicinale voire providentielle, appelant à la lucidité et la demande du pardon de Dieu ? Chaque situation doit être étudiée avec attention. D’éventuelles nécessités thérapeutiques ne seront négligées ; mais la gravité de l’acte, par son occultation, ne peut que favoriser le déni, l’altération du jugement, et… la récidive.
Docteur Philippe de La Briolle
Psychiatre, Médecin des Hôpitaux.